MODESTES TROPIQUES – Musée du Quai Branly

MODESTES TROPIQUES
Installation dans l’atelier Martine Aublet
Musée du Quai Branly

Exposition du 4 mars au 18 mai 2014.

VISITEZ L’EXPOSITION ICI

L’art modeste regroupe des formes d’art marginales, périphériques, généralement méconnues ou ignorées et en tout cas écartées du champ d’étude de l’histoire de l’art. Il n’y a pas d’artiste modeste mais bien des productions artistiques qui le sont. Si elles n’ont jamais été reconnues et rarement observées dans leur dimension esthétique, ce peut être du fait de leur caractère gratuit ou au contraire “commercial”, ce peut être parce que leur créateur était un anonyme ou “seulement” un artisan ou pire encore un peintre du dimanche. Ce peut être aussi parce qu’il manquait au fond ce regard propice à dénicher l’art là où on l’attend le moins, cette capacité à considérer les formes pour leur qualité propre sans se laisser influencer ni par l’apparente insignifiance de l’objet ni par sa provenance douteuse (un paquet de céréales, une boutique d’aéroport, un parc d’attraction, la promotion d’un film à grand spectacle d’Hollywood). Ces objets sont parfois proches, il suffit d’apprendre à les distinguer autour de nous, mais parfois lointains, ils peuvent revenir d’un long voyage à travers le monde dans la valise d’un touriste. Pour cet art modeste “lointain”, la perception des Européens a longtemps été ambigüe. Les blancs se sont entêtés à rechercher chez l’autre, chez l’étranger, ce qui était selon eux le produit d’une pureté originelle, comme l’expression d’un état antérieur exempt de toute influence extérieure. Sans compter qu’il est douteux qu’une telle situation d’isolement ait pu exister depuis les temps modernes, c’était faire bien peu confiance aux artistes et artisans d’Afrique ou d’ailleurs quant à leur capacité à inventer de nouvelles formes et solutions esthétiques pour détourner, déjà, les images et modèles européens. Mais surtout c’était oublier que la nécessité, le besoin de fabriquer pour vendre et survivre, sont des conditions favorables à l’éclosion d’un art inventif, conduisant l’artiste à produire la plus grande émotion possible avec le minimum de moyens, sans le moindre souci de l’histoire de l’art.

Je collecte ces objets et images depuis des années dans mes voyages autour du monde. Pour l’exposition « Modestes Tropiques » je n’ai retenu que les figures mythologiques et populaires qui sont un thème de prédilection dans l’art modeste: apparitions religieuses, personnages de la culture populaire et du cinéma, héros de l’histoire ou de la mythologie locale, saints laïques et autres divinités métissées.

Même si certaines de ces icones des temps modernes sont universelles, elles font l’objet d’interprétations locales très diverses suivant les régions du monde et les techniques utilisées: cette variété de traitement est plutôt rassurante et contredit la discours de la menace d’une uniformisation culturelle globale.

Hervé Di Rosa

Photos: Arnaud Baumann